Vendredi 17 décembre 2010 5 17 /12 /Déc /2010 08:18

 

« Ah…! La crise ! »  «  C’est la crise ! » « Mais c’est la faute à la crise… ! » On nous la sert à toutes les sauces. C’est comme si un vol de criquets était subitement tombé sur le monde, reléguant la « crise » au rang de « catastrophe naturelle ». En quelque sorte, il s’agirait d’un tremblement de terre ou d’une éruption volcanique qui vous surprend dans votre lit alors que tout baigne dans le meilleur des mondes. Une malédiction dont personne n’est responsable et que personne n’a vu venir… Eric Woerth le disait, justifiant la réforme des retraites par la crise : « On ne savait pas qu'il y aurait une crise » et « la crise a imposé la hausse de l’âge légal de la retraite » (1). La crise ? Une calamité tombée du ciel comme une catastrophe naturelle. Sachant toutefois que les cyclones, inondations, sécheresses étant de moins en moins des « accidents » naturels météorologiques mais de plus en plus des dérèglements causés par l’activité humaine.

Il n’y aurait guère plus - pour le moment - que les tremblements de terre et les éruptions volcaniques qui échappent encore aux conséquences… de l’inconséquence des hommes. Il est quand même intéressant de noter combien, toujours plus, ceux qui nous entraînent depuis des années dans la « crise » financière de par leurs choix, nous faisant croire que c’est un fléau sortant du moyen âge, sont les mêmes qui modèrent voire nient la main de l’homme derrière ce qui est toujours appelé « catastrophe naturelle ». Catastrophes de moins en moins naturelles…


L’exemple de l’Alþingi

 


Question catastrophe naturelle, les islandais connaissent. Souvenons-nous justement du réveil du fameux volcan au printemps. Et, eux, la « crise »(2), ils connaissent aussi. L’Islande qui était l'un des pays les plus riches du monde s’est retrouvée au bord de la faillite. En 2008 le pays a été plus que fortement secoué par la « crise » financière internationale. Conséquence : explosion du chômage et de la dette publique, effondrement de la monnaie et chute du gouvernement. Un rapport accuse alors  d'extrême négligence l'ancien Premier ministre Geir Haarde et l'ex-gouverneur de la banque centrale, David Oddsson. (Les retraites sont alors amputées car les fonds de pension possèdent un important portefeuille d'actions dans les banques en déroute...)

En janvier 2009 Geir Haarde est contraint à une démission immédiate de son gouvernement. Mais les Islandais, eux, font la part des choses. Entre catastrophe naturelle et décisions politiques. Entre manifestation naturelle et lois des hommes. Aussi, la Haute Cour islandaise, qui n’a jamais fonctionné depuis sa création en 1905, a pour rôle de juger, après saisine de la part de l’Alþingi (le Parlement), les ministres ayant enfreint la loi dans l’exercice de leurs fonctions. Geir Haarde, ancien Premier Ministre doit être traduit devant le Haute Cour pour être jugé ainsi que trois autres ministres. Ainsi des responsables politiques doivent répondre en Islande de ce que partout encore dans le monde on renvoie à la fatalité ou… aux astres ! Et même si nos grands financiers n’ont pas osé s’en emparer, c’est un peu de ça qu’il s’agit : pour Raj Kumar Sharma, astrologue indien, spécialiste de la finance, la crise bancaire internationale n'est due ni aux défaillances du système financier, ni à l'absence de régulation mondiale explique-t-il dans l’ Hindustan Times. Non, la crise serait écrite dans les astres depuis de longs mois déjà, et résulterait plus précisément du conflit généré par l'arrivée de Saturne en Lion. Un de ses confrères, Christopher Kevill, qui écrit dans le journal Daily News and Analysis, renchérit : "Les gens ont des horoscopes. Les entreprises et les actions boursières aussi".


Ganesh interdit bancaire


Mais nous l’avons échappé belle ! Toujours en Inde, un tribunal vient de juger que les divinités de l'hindouisme ne pouvaient pas faire de transactions boursières et financières. Une demande avait été déposée par une société d'investissement pour l'ouverture de comptes au nom de cinq divinités, dont le célèbre Ganesh, dieu à tête d’éléphant…

L'autorité de régulation des marchés a tout aussi sérieusement rejeté cette demande, estimant fort judicieusement qu'il lui serait difficile de prendre des mesures contre les dieux si des irrégularités survenaient... Quant aux juges, ils ont estimé que « Le commerce d'actions sur le marché boursier requiert certaines compétences qu'on ne peut attendre de ces divinités». On s’en doutait. Et c’est le message que nous envoient aussi les Islandais. Sauf que la divinité porte le nom de Geir Haarde, ex premier ministre.

Il est vrai que la vitesse atteinte par les opérations faites par les moyens électroniques actuels permettant des échanges fréquents et multiples en temps réel a quelque chose de surnaturel - divins diront certains -: «En 2007, le volume des transactions financières fut 73,5 fois plus élevé que le PIB mondial quotidien. Depuis 1950, ce volume a crû cinq fois plus rapidement que l’économie mondiale» (Institut autrichien pour la recherche économique).

Sur la base des calculs de l’Institut autrichien qui a étudié les éventuelles répercussions d’une Taxe sur les Transactions Financières générale, une TTF mondiale de 0,05 % pourrait rapporter jusqu’à 690 milliards de dollars par an, soit environ 1,4 % du PIB mondial. De quoi rassembler quelque monnaie pour financer le coût de « la crise » qu’ils nous disent ne pouvoir financer ni même prévoir : « C'est un très mauvais procès fait au président de la République: on a 20 ans d'avance dans les prévisions du déficit » selon E. Woerth évoquant la crise financière. On pourra quand même conseiller à N. Sarkozy de faire un petit stage chez son collègue indien Raj Kumar Sharma...


 

(1) En plein pendant les mouvements sociaux contre la réforme des retraites, en toute discrétion, la marine nationale a mis en service le quatrième et dernier sous-marin nucléaire lanceur d'engins de nouvelle-génération le Terrible et le missile nucléaire balistique M51. Programme d’armement sur une cinquantaine d’années… 160 ogives nucléaires… Le coût unitaire est de 142 millions d’euros. Mais puisqu’on nous assène que ce sera aux générations futures de payer les retraites, personnes n’engagerait donc ces mêmes générations pour un sous-marin ? Et si on nous demandait de travailler plus et plus longtemps pour un sous-marin ? Pas très populaire, non ? Côté retraite avec le « problème démographique », bien sûr, ça passe quand même mieux... 

 

 

(2) Le fait même de recycler sémantiquement les « conséquences et les ravages du capitalisme » en « crise » (temporaire, passagère et qui peut être soigné comme une maladie) tente d’exonérer ceux-là même qui en sont les responsables et qui utilisent l’arme des mots comme premier brouillage. La « crise » ne peut ainsi nullement remettre en cause les fondements mêmes du capitalisme.

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Vendredi 9 juillet 2010 5 09 /07 /Juil /2010 11:51

 

 

Vandana Shiva l’a bien dit… « Les brevets d’aujourd’hui prolongent bien  les privilèges accordés à Christophe Colomb le  17 avril 1492 par le biais des Capitulations de Santa Fé ». Ce contrat permit à Christophe Colomb d'armer ses navires pour l’expédition et lui décerna le titre de vice-roi des terres à découvrir.

En 1494, il fonde La Isabela, une des premières villes devenant le siège d’une administration coloniale sur Hispaniola, aujourd’hui Haïti. Mais Le  27 mars 1495, les choses tournent mal à La Isabela. Colomb réprime la première grande révolte indigène. L'exploitation des  Indiens  est pleinement organiséeIls doivent fournir, tous les trois mois, les dernières parcelles d'or qu'ils possèdent, ainsi que du coton filé ou tissé.

Un des premiers cas de biopiraterie (1) remonte à 1630. Les Espagnols ont importé du Pérou un arbre, le quinquina dont on extrait la quinine. Cette découverte permit de lutter partiellement contre la malaria en Europe, sans que les Indiens ne puissent alors en profiter.

En 1950 l’Ethiopie envoie en Californie une variété locale d’orge hybride pour tenter de sauver la culture de l’orge de cet état, victime d’une épidémie de nanisme jaune. Ce fut un succès. Cette opération génèrera des millions de dollars de profit aux Etats-Unis. L’Ethiopie n’en retira pas le moindre bénéfice. Aujourd’hui le pays est exsangue. Il y a peu, un paysan éthiopien disait … « Je n’ai plus les moyens d’acheter des semences, maintenant ; elles se vendent à huit birrs le kilo (à peu près 0,50 euro…), je ne peux même pas y penser ».

Selon l'ONU, 62 % des médicaments contre le cancer sont dérivés de la pharmacopée amazonienne. Quelques gouvernements de pays du Sud commencent à tenter de trouver des parades. Le Pérou, par exemple, depuis 2004, a mis en place une commission de lutte contre la biopiraterie. La commission péruvienne s’est opposée à une demande de brevet sur une plante appelée sacha inchi, ou cacahuète des Incas, très convoitée par l'industrie cosmétique pour son taux record en omega 3. Greentech, l’entreprise française estimant avoir« inventé » le fait d’utiliser l’huile de Sacha Inchi pour élaborer des crèmes pour le soin qui avait déposé et obtenu un brevet auprès de l’INPI (Institut National de la Propriété Industrielle) a finalement retiré son brevet.

C'est ce qui s'est aussi passé pour l'ayahuasca, une plante convoitée pour ses vertus purgatives. Un biologiste américain a estimé, en 1993, qu'il pouvait la breveter mais il s'agissait de la plante sacrée des Amérindiens, qui l'utilisent depuis 5 000 ans. La justice américaine a décrété, en 2003, qu'elle faisait partie du patrimoine mondial et ne pouvait être brevetée. Plus récemment, il y a eu le cas du haricot mexicain.

Et les désastres - certains provoqués - qui s’abattent sur certains pays sont des opportunités pour des multinationales bien connues. Depuis son invasion en 2003, l’Iraq n’a pas été seulement spoliée par ses agresseurs de sa souveraineté politique, de son patrimoine archéologique, de ses ressources pétrolières, mais aussi de sa souveraineté alimentaire.

En violation des conventions internationales l’administrateur provisoire Paul Bremer (un ancien collaborateur de Kissinger) a édicté cent ordonnances qui ont force de loi et qui ne peuvent être abolies ni modifiées par aucun gouvernement irakien (article 26 de la nouvelle constitution). Le pays tombait ainsi sous le joug économique total de l’Occupant, qui avait décidé de réformer drastiquement son économie sur le modèle économique néo-libéral américain alors que c’est au cœur de la Mésopotamie qu’a été inventée l’agriculture il y a des millénaires. L’ordonnance 81 du 26 avril 2004 a livré le pays aux marchands d’OGM comme Monsanto Syngenta et Dow Chemicals. Les fermiers irakiens doivent acheter chaque année une licence et des semences transgéniques aux multinationales américaines alors que la juridiction irakienne interdisait toute privatisation des ressources biologiques. Ces multinationales détiennent un droit de propriété intellectuelle qui leur concède pendant vingt ans le monopole sur la production, la reproduction, la vente, l’exportation, l’importation et le stockage de toutes les semences génétiquement modifiées et les variétés de plantes «similaires». Monsanto a fait un hold-up sur les semences millénaires de l’Iraq pour les modifier génétiquement et les breveter. Et les agriculteurs sont maintenant contraints de payer pour pouvoir les cultiver (2).

Selon WWWC (World Wide Wheat Company, société agroalimentaire d'Arizona), tout agriculteur « client » souhaitant cultiver une de ses variétés de semences « paie un droit de licence pour chaque variété ». L'Irak est devenu un gigantesque laboratoire pour effectuer des essais de blé transgénique dont les Irakiens seront les cobayes. Et chose plus remarquable encore, selon le Business Journal (Fresno, CA), six variétés de semences de blé ont été développées en vue de l'expérience irakienne. Trois d'entre elles sont destinées au blé servant à fabriquer des pâtes et les trois autres au blé dont on tire de la farine à pain. Cela veut dire que 50 % des semences développées par les USA en Irak après 2004 sont vouées à l'exportation. En effet, les Irakiens ne mangent pas de pâtes. Donc, plutôt que de produire de la nourriture pour les 25 millions d'Irakiens affamés et las de la guerre, l'ordonnance 81 visait à créer une industrie agroalimentaire destinée à l'exportation mondiale et utilisant des semences transgéniques.L’Afghanistan avait subi le même sort en 2002.

 Heureusement, aujourd’hui, des paysans, parmi les plus démunis et les plus vulnérables ont la force de résister. 20 000 Haïtiens qui refusent et brulent les «agro - poisons ».

Colomb les avaient asservis les premiers sur ces mêmes terres d’Hispaniola…

 

(1)   Ricard Stallman préfère utiliser le terme de biocorsaire. Lire son très bon article sur : multitudes.samizdat.net/Biopirates-ou-biocorsaires

 

      (2) Des échantillons de chacune de leurs variétés avaient été conservés dans la Banque nationale de semence d’Abu Ghraib, qui a été détruite par les Étatsuniens.

 

 

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Jeudi 1 juillet 2010 4 01 /07 /Juil /2010 09:17

 

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Rencontre exceptionnelle avec Sergio Yahni, membre de de l’association israélo-palestinienne AIC « Alternative Information Center »

 

 

 

 

L'association l'APRES a eu l'opportunité de recevoir Sergio lors de son passage à Toulouse. Ce fut une belle rencontre...


 

Sergio, juif Argentin ayant fui la dictature militaire de son pays en 1979 se retrouve citoyen israélien, habitant d’un kibboutz avec ses parents. Lorsque l’armée israélienne envahit le Liban en 1982, il refuse de faire son service militaire. Depuis, il se bat contre l’occupation des territoires palestiniens. Il a fait plusieurs séjours en prison, a été victime d’agressions… Il porte une lecture parfaite et claire sur la complexité historique du conflit.

Les premiers mots de Sergio sont un appel à solidarité : On ne peut sous-estimer la valeur de la solidarité, soulignant à quel point le peuple palestinien en a besoin. Il ne faut compter que sur le mouvement populaire qui dénonce la politique d’Israël alors que l’Europe participe à la destruction des droits humains et non à leur défense, sachant que les accords d’Oslo furent une véritable capitulation. La réalité d’aujourd’hui en est une conséquence directe. L’occupation n’est pas un « cancer » mais la simple expression de la politique d’Israël. On constate que son projet politique a échoué. Le projet de deux états s’écroule aussi. Mais une des difficultés, reste qu’il y a en Palestine deux gouvernements  inconstitutionnels. L’alternative de la lutte armée ayant  aussi échouée et l’intervention diplomatique restant futile, le nouvel acteur s’imposant, est le mouvement populaire. Il s’est par exemple manifesté à travers la lutte contre le mur, même celui-ci construit. Les manifestations continuent. Il existe donc un espace pour le mouvement populaire à travers le Comité Populaire, nouvelle façon de lutter.

Par contre, la mobilisation n’est pas uniquement palestinienne mais est appuyée par des militants internationaux et des Israéliens ainsi que la présence médiatique. Chez  ces israéliens - et c’est nouveau - un mouvement contre la colonisation s’est substitué au mouvement, historique, pour la paix.

Il reste l’importance de la mobilisation en Europe, à encore étendre. Ainsi que la campagne pour le boycott. (campagneboycott.blogspot.com)Pour deux raisons : chaque activiste participe de façon concrète et ce boycott  est effectif (20 % des entreprises israéliennes se sont déclarées touchées). Reste à renforcer le boycott culturel et académique.

L’action internationale doit persister à l’image de la lutte contre le mur, la flottille d’aide ou les projets en Palestine avec des femmes.

Les mots de Sergio ont toujours été forts. Sa ténacité, sa volonté et sa combativité semblent indéfectibles : le blocus commence à être « débloqué » sous la lutte populaire et grâce à la solidarité internationale.

 

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C’était les sens de sa visite à Toulouse pour plusieurs rencontres, invité par des personnes solidaires du peuple palestinien, mais aussi de celui du Chiapas...

 

Consulter : www.alternativenews.org

Publié dans : Palestine
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Mercredi 17 mars 2010 3 17 /03 /Mars /2010 11:27

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En mai 1998, dans le Monde Diplomatique, Ignacio Ramonet insiste sur « la perte du vivre ensemble» quand « la logique de la compétitivité a été élevée au rang d’impératif naturel de la société ».

En février dernier, dans son rapport annuel, Jean-Paul Delevoye, médiateur de la République fait le constat  « d’une société qui se fragmente, où le chacun pour soi remplace l'envie de vivre ensemble, où l'on devient de plus en plus consommateur de République plutôt que citoyen ».

Ces deux analyses - il y en a d’autres - d’hommes aux sensibilités pour le moins différentes, laissent apparaître en filigrane que vivre ensemble semble une notion essentielle mais perdue.

Ce sentiment de vivre ensemble qui ne peut être, sur le principe, que consensuel s’il s’agit de mettre en avant la solidarité, la fraternité, le respect de l’autre avec ses différences aurait volé en éclat, abîmé par la compétitivité et l’individualisme qui en découlent… Vivre ensemble : en somme, de bonnes intentions autour de la justice sociale, du  bien commun, de la place des hommes et de leurs rapports dans la cité.

Mais cette idée visiblement ouverte d’une société avec tous ses flux incontournables et nécessaires, avec ses réalités, ses évolutions, doit prendre en compte que ses contours d’aujourd’hui ne seront pas ceux nécessairement de demain. Vivre ensemble dans les années 70 ou 90, ou vivre ensemble en 2010, ce n’est pas tout à fait pareil… Entre temps, le lien social est en stand-by. Reste à reconstruire une démocratie en mal de lien.

Donc, ce consensus sur la notion de vivre ensemble devrait au moins laisser une possibilité au débat, au réajustement, à l’évolution.

Article et tiret moins anecdotiques que ça…

Nous avons subtilement glissé de vivre ensemble à « le vivre-ensemble » qui devient un nom commun et semble tout à coup un objet défini, identifié, fermé. « Le vivre-ensemble » aurait trouvé une identité et ne serait pas en permanence en train de la construire. Selon Stéphane Dawans philologue et philosophe, « dans le contexte de mondialisation et globalisation, ce nouveau signifiant pour le moins ambigu prend sens à la fois comme symbole éthique et comme indice d’un mal politique. Et s’il revient sans cesse dans le « catéchisme » démocratique, c’est  que son emploi sert le plus souvent de dédouanement : la pauvreté de l’ambition politique étant en quelque sorte compensée par la hauteur de la visée éthique. (…) Dans « le vivre-ensemble », on ne retrouve pas la même idée de cohésion, de projet partagé ou, n’hésitons pas, de contrat social (n’oublions pas que Rousseau parlait de « corps moral et collectif ») ».

Par exemple, Mme. Alliot Marie, dans le cadre de son mouvement « Le chêne », le « Grand Atelier de l’Unité nationale » se décline ainsi : 1/qu'est-ce qu'être Français? 2/comment concevez-vous l'idée d'Unité nationale ? 3/ vos propositions pour réussir le « Vivre Ensemble ». (« Une France de confiance qui rassemble, qui unit et qui assure le vivre-ensemble sur son territoire. »)

Une façon d’aborder la chose…

Stéphane Dawans : « En tant qu’indice, « le vivre-ensemble » traduit bien le triomphe des valeurs libérales - comme si l’on n’espérait plus ni solidarité ni fraternité, en cette nouvelle période de malaise dans la civilisation. Une démission politique que le symbole tente de cacher tant bien que mal sous le vernis fragile d’une éthique de bien-pensants ».

Au fait…, amusez-vous à frapper sur votre moteur de recherche favori : «vivre-ensemble démission politique ».Vous le verrez corrigé par « vivre-ensemble décision politique »…

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Mercredi 3 février 2010 3 03 /02 /Fév /2010 09:28

Dans le dernier numéro d'Alters Echos Régis Chamagne écrivait un "contresens" sur "compensé carbone".
Je complétais son analyse par une histoire de... "compensé carbone".

Ci-dessous les deux textes.
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Compensé carbone

 

Depuis que je sais que je suis compensé carbone, je me trouve très chic !

Non, sérieusement, les écotartuffes et médias consentants, héros des temps modernes – le regard grave mais satisfait et la main sur le cœur - n’ont que cette expression à la bouche. Mais que signifie-t-elle exactement ?

 

D’après le vocable, on pourrait penser qu’il s’agit de compenser le carbone émis par une forme d’action écologique faisant contrepoids à cette pollution et visant à préserver l’équilibre de notre écosystème. On pourrait penser que puisque nous parlons d’écologie – et accessoirement de la survie de l’espèce humaine – le mécanisme « pollution / compensation » se situe entièrement dans le champ de la biologie...

 

Oui mais voilà ! « Chaque être persévère dans son être » écrivait Spinoza. Alors quand les capitalistes s’emparent d’un problème, ils font ce qu’ils savent faire, ils persévèrent dans leur être ; ils le ramènent à une question d’argent. Ils opèrent une projection d’un objet complexe à n dimensions sur un espace à une dimension : le fric ; ils observent le problème à travers le seul prisme qu’ils connaissent, celui du pognon.

 

Ainsi, « la compensation volontaire est un mécanisme de financement par lequel une entité (administration, entreprise, particulier) substitue, de manière partielle ou totale, une réduction à la source de ses propres émissions de gaz à effet de serre une quantité équivalente de « crédits carbone », en les achetant auprès d’un tiers.»

 

La compensation carbone est donc fondamentalement un mécanisme de financement.

Une entité « substitue […] une réduction », c’est-à-dire ne réduit pas, c’est-à-dire continue à polluer, mais paye pour cela !

« en les achetant auprès d’un tiers » devinez qui ? D’un tiers… monde peut-être...

Au bout du compte, les pays riches tentent de se donner bonne conscience à la façon du bourgeois esclavagiste du XIXe siècle qui jetait la pièce au pauvre hère à la sortie de la messe dominicale.

 

Le problème, c’est que le pauvre hère a rarement mis le bourgeois esclavagiste cul par-dessus tête, mais que la nature, elle, peut très bien mettre l’espèce humaine hors jeu, car personne ne connaît le prix de notre écosystème. Alors, quand les fragiles équilibres qui maintiennent encore notre écosystème s’effondreront brutalement sous l’effet systémique d’une transition brutale de phase, que feront les capitalistes ? Ils feront tourner les planches à billets à fond la caisse peut-être ? Quel pied !

« S’il te plaît, arrête ! Déconne pas Madame Nature ! Tu veux des dollars ? Combien ? On en a ! Des euros ? On en a aussi ! Des yuans ?... »

 

Vous l’aurez compris, pour coller à la réalité de ce mécanisme, il ne faut plus dire « compensé carbone » mais « carbone compensé pognon » !

 

Dans un prochain numéro, nous essaierons de répondre à cette existentielle question : « Combien tu m’aimes, en tonne-équivalent-dollar ? »

 

                                                                                Régis Chamagne


 

Compensé carbone : une histoire…


Au Pays-Bas, une centrale thermique de la Dutch Electricity Generating Board aux émissions très polluantes…

En Ouganda des agriculteurs de la tribu des Benet qui exploitent depuis près de 200 ans leurs terres, élèvent leurs animaux dans le parc national du Mont Elgon, et reconnus par le Haut tribunal ougandais de Mbale comme « les habitants autochtones historiques »…

Aux Pays-Bas on décida de compenser les émissions polluantes par des crédits carbone… (Depuis Kyoto, on plante là-bas pour polluer ici.)

L’Ouganda, et donc le parc, furent choisis par la Face Fondation, une organisation néerlandaise impliquée dans le marché du carbone, pour un plan de reboisement. Deux types de compensations : le reboisement des zones précédemment boisées et le boisement de zones où des forêts n’existent plus depuis 50 ans.

1000 Benet furent alors expulsés de leurs terres pour permettre la plantation des arbres “compensateurs” et satisfaire le besoin de crédits carbone de la centrale thermique des Pays-Bas et sa belle et bonne conscience verte. Maisons et cultures détruites, bétail confisqué, et agriculteurs trouvant refuge dans des conditions déplorables où ils purent …

Mejje Christopher, ancien chef de commune est maintenant squatter à Kisitu, loin de ses terres : « Nous avons été réduits à la mendicité auprès des parents et à la migration vers des zones urbaines où la vie est dangereuse. Nous vivions dans la montagne depuis plus de 200 ans. Nous transférer signifie nous enterrer, complètement. Nous voulons rester dans notre zone et nous développer ».

Pour couronner le tout, les arbres choisis ne poussent pas traditionnellement dans cette région.

 

Enfin, Aucun crédit de carbone n’a été vendu à partir du projet du Mont Elgon, parce que les gens détruisent les arbres avant leur maturité en signe de protestation suite à leur expulsion.

Vive le compensé carbone qui nous exonère de toute remise en cause de notre système de vie !

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Mercredi 6 janvier 2010 3 06 /01 /Jan /2010 11:55


Aucun accord contraignant… Copenhague accouche d’une souris. S’empresser d’annoncer qu’on est prêt à foncer si les autres passent devant, a été le discours à peu près univoque des pays du G20 élargi. Et aucun document consensuel et solide n’a pu être rédigé.

« On ne voit pas pourquoi nous devrions avoir des engagements inscrits dans le marbre alors qu’ils sont gravés dans du chewing-gum pour les autres », ose un expert européen.

Pourtant des mesures volontaristes, unilatérales auraient pu être prises par les principaux responsables du réchauffement de l’hémisphère nord élargi... Et pourquoi l’Europe n’aurait-elle pas doré un blason, qu’elle n’a même jamais eu sur d’autres terrains, en avançant de façon responsable?

Pendant ce temps la planète tourne toujours… Et aucun texte, non plus, qui reconnaît le statut des réfugiés climatiques.


Les habitants du Bangladesh, qui émettent chacun en moyenne 0,2 tonne de CO2 par an, contre plus de 20 tonnes pour les Etatsuniens, subissent déjà les effets du réchauffement. Le Bangladesh, c’est moins que la seule ville de New York ! Parmi les premiers réfugiés climatiques, les  500 000 personnes de l’île de Bhola en partie engloutie en 2005. Le professeur Atiq Rhaman, fondateur du Bangladesh Centre for Advanced Studies travaille depuis vingt ans sur les questions de justice internationale, auxquelles il rattache le réchauffement climatique. « Je propose depuis longtemps la solution suivante: chaque pays doit prendre à sa charge, à savoir transporter et accueillir, un quota de réfugiés climatiques qui serait fonction de ses niveaux d’émission de gaz à effet de serre présents et passés. » Une solution qui passe peut-être par l’ouverture du statut de réfugié, tel qu’il est défini par la convention signée à Genève en 1951, à la notion de réfugié climatique.


Aujourd’hui, Les Maldives sont à la recherche de terres d'accueil pour leurs populations... L’Afrique subsaharienne est aussi l’une des premières régions concernées. Si le rythme actuel des précipitations continue d’y baisser, le lac Tchad, par exemple, qui alimente en eau 20 millions de personnes vivant sur ses rives, pourrait s’évaporer complètement d’ici deux décennies…

Tuvalu est devenu, à Copenhague le représentant emblématique du groupe des 43 petits états insulaires (AOSIS). Tuvalu, un état du Pacifique Sud (2,6 km2, avec ses 9 atolls coralliens et 12 000 habitants), s’est opposé aux grandes puissances mais aussi aux pays « émergents », la Chine et l’Inde.

Le premier ministre, M. Ielemia à propos d’une aide financière éventuelle : « Je n’ai pas à monnayer la survie de mon peuple. A quoi servira cet argent quand nous aurons tous disparu ? Cette réunion nous laissera un goût amer. Les vraies victimes du changement climatique n'ont pas été entendues ici ».


Aujourd’hui,  plus de 3000 Tuvaluans sur les 12 000 habitants de l'archipel ont déjà émigré en Nouvelle-Zélande, par peur d'être enseveli sous les eaux.

Suzy, institutrice dans la capitale Funafuti : « Si ça devait vraiment  arriver, et qu’on devait  être déplacés dans un autre pays comment va-t-on nous appeler ? Allons-nous devenir des citoyens néo-zélandais  ou allons-nous nous appeler Tuvaluan Tuvaluane entre nous ? Aurons-nous les mêmes droits que les autres citoyens du pays? »


 

Sans-titre-1-copie-3.jpg                                                          L'institutrice de Funafuiti


A Copenhague, le Haut Commissaire des Nations Unies pour les Réfugiés, Antonio Guterres a reconnu qu’il existait un problème car les politiques migratoires mises en œuvre, partout dans le monde, restent profondément restrictives et sécuritaires, sans aucun lien avec la crise écologique globale.

Les réfugiés climatiques sont apparus, à Copenhague, comme le visage humain du changement climatique.

Selon les experts, entre 150 millions et  1 milliard de personnes seraient poussées à se déplacer d’ici 2050 en raison de possibles catastrophes naturelles liées au réchauffement climatique.

Mais le réchauffement n’est pas une catastrophe pour tout le monde. Le seul ambassadeur aujourd’hui en résidence à Tuvalu est celui de Taîwan. Et le sens des affaires, à Taîwan, on connaît ! Le changement climatique, pour lui, n’est pas une fatalité mais une opportunité à exploiter. On dit que Tuvalu disparaîtra dans 30 ans ?  Pas de problème: en 30 ans, il y a moyen de gagner assez d’argent pour s’assurer un futur. L’ambassadeur a ainsi conseillé au Ministre du Tourisme de promouvoir la disparition prochaine de Tuvalu comme argument touristique majeur : une dernière chance de voir Tuvalu avant liquidation générale…

Pendant ce temps : « il est temps de sortir les canots de sauvetage, sauf qu’il n’y en aura pas pour tout le monde », comme l’exprimait un sénégalais. Ce sera de toute façon, pour des femmes et des hommes, sans statuts ni sans droits.

 

 

 

 

 

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Vendredi 13 novembre 2009 5 13 /11 /Nov /2009 09:31


Ce texte sera publié dans Alters Echos de novembre qui paraitra la semaine prochaine ( altersechos.over-blog.com)


Dans la famille « poisson d’élevage », le Tilapia nilotica, rebaptisé aujourd'hui Oreochromis niloticus par les scientifiques, est un robuste poisson qui tourne en rond dans son bassin depuis près de 4 000 ans puisque les Egyptiens l’élevaient déjà dans le delta du Nil. L’aquaculture apparaissait…


                                                                            tilapias en Egypte. Papyrus.


Le tilapia, originaire des eaux chaudes d’Afrique, est donc tout sauf un poisson d’eau froide : 18 °C minimum et température idéale entre 22 et 32 °C. Il est aujourd’hui produit massivement dans plus de 75 pays en étang ou bassin. De la Chine à la Colombie, des Philippines à Cuba en passant par l’Indonésie, Taiwan, le Vietnam, le Mexique, la Jamaïque, le Costa-Rica, la Thaïlande, le Zimbabwe ou l’Equateur. Que des avantages ! Il se montre très peu exigeant en ce qui concerne sa nourriture et ses conditions de vie (bonne résistance aux maladies) et son élevage est d'une étonnante facilité. Une sorte de poule aux œufs d’or d’aquarium ! Du coup, notre poisson se classe au deuxième rang mondial, après la carpe, pour l’importance des activités d’aquaculture. Médaille d’argent, devant le saumon…

 


C’est là que l’aquaculture écossaise a flairé le bon coup et espère ferrer. « Tilapia Scotland » vient de clore l’appel d’offre (4 candidats) pour les entreprises qui seraient intéressées par  l’élevage du tilapia ! De Glasgow à Inverness, comme tout le monde le sait, les lochs sont bien connus pour leurs eaux chaudes… Bon ! Résultat de la pêche, on va chauffer de l’eau pour parquer et élever ces filets potentiels qui inonderont nos marchés européens. L’Ecosse espère se refaire un bas de laine après la grosse concurrence du Chili sur le saumon (qui est devenu une véritable catastrophe écologique et sociale sur une partie des 5 000 km de côte Pacifique).

Côté « appât », des financements pour le « développement durable de l'industrie de la pêche en Écosse » en vertu du Programme européen pour la pêche ont été annoncés en décembre 2008. Au total 78 millions de l'Union européenne et des fonds du gouvernement écossais, du Royaume-Uni, ont été mis à disposition au titre du programme qui court jusqu'en 2013.

Mais à y regarder de plus près, les « fermiers aquaculteurs » de tilapias sévissent depuis 1995 au Canada, dans l’Ontario et en Colombie-Britannique, mais aussi en… Nouvelle-Ecosse, aux eaux tout aussi chaudes que celles du Royaume-Uni. Et là, le poisson se mord doublement la queue : production de tilapias transgéniques… aux fins de traitement du diabète. Merci docteur ! La première population de tilapias transgéniques entièrement mâles, un « avantage » non négligeable puisque la croissance de ces derniers est deux fois plus rapide que celle des femelles, existe, elle, depuis longtemps.

On réchauffe en Ecosse? Reste à refroidir !

Au Royaume-Uni, justement, c’est l'océanographe John Shepherd de l’Université de Southampton et de la Royal Society qui le dit : « A défaut de réduire grandement nos émissions de dioxyde de carbone (CO2), nous allons vers un futur climatique très inconfortable, et la géoingénierie sera la seule option pour limiter l'augmentation des températures ».

Géoin…quoi ?

Géoingénierie : refroidir à dessein la planète par une manipulation du climat afin de contrecarrer les effets du réchauffement !

Les solutions sont classées en deux catégories. La première regroupe les dispositifs qui visent à réduire ou à limiter la concentration atmosphérique de CO2 : capture du carbone à la source et stockage géologique, enfouissement de biomasse, reboisement massif, augmentation de la production biologique (et donc de la capture de carbone par photosynthèse) du phytoplancton par « fertilisation » des mers, capture par procédé chimique du CO2 déjà présent dans l'atmosphère, etc.

La seconde catégorie rassemble les méthodes qui reposent sur l'occultation d'une partie du rayonnement solaire : diffusion de particules ou de composés soufrés dans la haute atmosphère, envoi d'immenses miroirs spatiaux entre la Terre et le Soleil, modification de l'albédo (indice de réflexivité) des vastes étendues désertiques ou encore des agglomérations urbaines (en adoptant des couleurs claires pour les toits et la voirie, par exemple) afin que ces zones réfléchissent davantage de rayonnement solaire...

« Nos travaux montrent que certaines techniques de géoingénierie pourraient avoir des effets imprévus et nuisibles pour certaines populations et certains écosystèmes », a ajouté le groupe d'experts de la Royal Society. Ces effets collatéraux, « pourraient être le prix à payer » en cas d'échec des tentatives de limitation des émissions humaines de gaz à effet de serre. Ni plus ni moins…

Selon l'analyse de la Royal Society, les deux méthodes techniquement réalisables comportant le plus de risques sont, dans l'état actuel des connaissances, la fertilisation des océans (par des particules de fer) et la dispersion en haute altitude de composés soufrés chargés de réfléchir une part du rayonnement solaire. Quant aux méthodes présentant le moins de risques (reboisement, augmentation de l'albédo des zones urbaines, etc.), elles sont aussi les moins efficaces.

A la veille de Copenhague, le système techno-politico-financier continue de marcher sur la tête en nous faisant croire qu’on peut continuer de chauffer la casserole d’un côté en y glissant des glaçons de l’autre. Et on continuera de s’étonner que l’œuf n’est pas mollet.

Rares sont ceux qui ne se cachent pas derrière l’arrête d’un tilapia. Le journal russe Izvestia se réjouit du réchauffement climatique qui n’a pas que des inconvénients : alors que tout le monde semble craindre la fonte des glaces arctiques, il souligne que celle-ci pourrait générer des milliards de dollars de revenus grâce à l'ouverture de la voie maritime au nord de la Russie. Deux navires allemands ont emprunté cette voie en septembre sans brise-glace pour relier la Corée du Sud et l'Europe. « Ce n'est qu'un début. Les experts sont convaincus que cette voie va bientôt réellement concurrencer le canal de Suez ». 

Gageons que dans les mois à venir la com’ de « Tilapia Scotland » nous fera avaler tous les avantages du tilapia écossais au regard du lointain Zimbabwéen en matière de développement durable. C’est ce que certains n’hésiteront pas à appeler, dans la bataille des mots, « relocalisation de l’économie ».


Bon courage Copenhague.

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Jeudi 13 août 2009 4 13 /08 /Août /2009 18:51


L’info m’est parvenue grâce à la RTBF (la Radio belge de langue française à destination de l'étranger). C’est qu’à Bruxelles, comme à Paris et … Toulouse on roule sur des vélos Decaux. Dans bien d’autres villes aussi tant en France qu’à l’étranger. Mais rendons à « Challenges » ce qui appartient à « Challenges », c’est bien un journaliste de ce magazine qui a enquêté sur ces vélos.


Et il a voulu savoir où étaient fabriqués les fameux vélos Decaux...

C'est à Tószeg, une ville de 4700 habitants à 120 kilomètres au sud-est de Budapest. La multinationale néerlandaise Accell a obtenu le contrat de production du "Vélib" parisien, de son alter ego toulousain, du « Villo » belge, via sa filiale française Lapierre. Elle a confié la fabrication des vélos à son usine de Tószeg.


Et c’est là où les chaînes des cycles Decaux commencent à grincer.

Quant aux chaînes de productions hongroises, ça roule. Jugez plutôt :

La main-d’œuvre y est flexible à souhait et les salaires très bas. Le journaliste : "Là où l'usine est implantée, pas très loin de Budapest, il y  plus de 10% de chômage donc en fait il y a énormément de demandeurs d'emploi. Ils n'ont aucun mal à trouver des ouvriers pour cette usine. Les employés travaillent en moyenne 5 jours par semaine de 6h à 14h30 avec seulement deux pauses de dix minutes et un déjeuner de 20 minutes. En travaillant tout ce temps là, ils ne peuvent gagner au maximum que 352 euros par mois. Les cols blancs gagnent encore moins puisque l'on parle à peu près de 340 euros par mois".

Pour un salaire horaire de 2 euros, les 400 ouvriers de Tószeg produisent plus de 200 000 vélos par an. Ils gagnent moins que le salaire moyen hongrois dans un pays où il n'existe pas de salaire minimum garanti.


Le patron de l'usine, Zsolt Steurer : «Nous avions des capacités disponibles, et nos salariés sont très flexibles. Il est en effet difficile de trouver des conditions de travail aussi flexibles que celles proposées à Toszeg. L'usine emploie 400 salariés - la moyenne d'âge est inférieure à 30 ans - de janvier à juin. Mais 130 seulement ont des contrats à durée indéterminée. Les autres ne restent que six mois, avant de revenir, pour 70% d'entre eux, l'année suivante. «Ils apprécient le fait de pouvoir rester chez eux», dit Zsolt Steurer. Ont-ils vraiment le choix ?

Les femmes, qui travaillent surtout à l'application à la main de décalcomanies sur les cadres des vélos, touchent un salaire fixe. Les hommes, qui assemblent les pièces détachées des 300 modèles produits sur place, sont, eux, payés à la pièce. A l'extrémité de chacune des huit chaînes de montage, des écrans affichent le nombre de bicyclettes fabriquées par chaque équipe. Une façon de maintenir la pression.


Dans nos villes, les élus-décideurs promptes à l’habillage (allez ! la volonté…) verte autour des déplacements doux, de l’écologie, d’un « développement durable » attrape tout, devraient  y regarder de plus près. Dans un monde hélas toujours global on ne peut plus – on ne doit plus – en tant que consommateur, et en tant qu’élu, ne regarder que le produit qui sort de l’emballage sans savoir qui a fait le paquet.


A Toulouse, de façon heureuse, la municipalité n’a pas renouvelé le contrat publicitaire de la peu éthique banque HSBC qui habillait les vélos Decaux. Va bien falloir s’attaquer à Decaux himself ? Mais les enjeux publicitaires sont bien là. Nos villes doivent être polluées de publicités. Définitivement ? La Dépêche du Midi faisait état, récemment, de « vandales » qui s’attaquaient aux fameux panneaux publicitaires…

 

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Lundi 3 août 2009 1 03 /08 /Août /2009 15:05

 

Depuis le Mexique, nous recevons des nouvelles de Jean-Pierre Petit-Gras. Des nouvelles d'Atenco qui résiste... Mais pas seulement... Egalement sur la lutte contre les narcotrafiquants et un point sur le mouvement zapatiste...

A lire.

 

 

 

César ne doit pas avoir beaucoup plus de 20 ans. Mais le calme dans les gestes, la clarté de l’expression,  le regard direct et déterminé du garçon en imposent. Il faut dire qu’il a de qui tenir. Son père, Ignacio del Valle, est enfermé  depuis le mois de mai 2006 dans la prison de haute sécurité d’Almoyola de Juarez, où il purge une double condamnation : 67 ans et demi pour l’une, 45 pour l’autre. 112 années au total. Sa sœur América  fait l’objet de multiples mandats d’arrêt, pour des motifs encore plus graves que ceux qui ont conduit son père dans cette geôle où les détenus s’entassent dans des cellules souterraines, humides, obscures, et subissent  quotidiennement fouilles, menaces et humiliations. Malheureusement pour la justice de son pays, América se cache quelque part, et la police n’a pu mettre la main sur elle. Un autre frère, Ulises, se trouve lui aussi  sous le coup d’accusations qui peuvent lui valoir de sérieuses poursuites judiciaires.

Le crime d’Ignacio del Valle (Nacho) et de sa famille est effectivement de ceux qui ne se pardonnent pas.

En 2001, avec la majorité des ejidatarios  d’Atenco, il s’est opposé au décret d’expropriation pris par le gouvernement fédéral de Vicente Fox, en vue de la construction d’un immense aéroport. L’expropriation concernait 5500 hectares de terres ejidales, situées en majorité sur l’ancien lac de Texcoco, aujourd’hui asséché grâce à l’action civilisatrice des colonisateurs et de leurs successeurs, à l’efficacité et aux besoins insatiables du monde industriel et urbain.

Un ejido est un ensemble de terres en propriété collective, divisées en parcelles cultivées individuellement, et gérées par un conseil désigné par l’ensemble des ejidatarios : le consejo ejidal. Il s’agit d’une importante conquête sociale, arrachée après la révolution de 1910-17, à laquelle des millions de peones sans terre ont participé de façon déterminante.

Jusqu’en 1992, les terres des ejidos étaient inaliénables, c'est-à-dire que l’on ne pouvait  les vendre (ni d’ailleurs les utiliser à d’autres fins qu’agricoles). A cette époque, une loi modifiant l’article 27 de la Constitution mexicaine a rendu possible la vente des parcelles. Tout doit pouvoir se vendre et s’acheter, même la terre, même l’eau, même les hommes, telle est la loi d’airain du capitalisme.

Les habitants d’Atenco ont traversé le siècle sans remettre en question la propriété collective de la terre nourricière. Même si un grand nombre d’entre eux, notamment chez les plus jeunes, ont trouvé ailleurs d’autres occupations professionnelles, plus rémunératrices dans un monde où les sirènes de la consommation hurlent d’autant plus fort que la mégapole  est là, toute proche. Les atenquenses sont restés pour la plupart attachés à elle, fiers de leur indépendance alimentaire, mais aussi de la qualité des liens -traduite dans les fêtes et les pratiques de l’entraide- qui unissent les habitants des villages, heureux de vivre dans cette immense et riante tache verte, chargée de l’histoire ancienne des nahuas installés dans la région depuis des millénaires, et de celle, plus récente, des aïeux qui ont fait le coup de feu aux côtés d’Emiliano Zapata ou de Pancho Villa.

En 2001, le décret d’expropriation était accompagné d’une offre de rachat, à 7 pesos le mètre carré. Une offre qui avait sonné comme une insulte supplémentaire, au moment où la presse people révélait que l’épouse du président constitutionnel Vicente Fox achetait des serviettes de bain à 7000 pesos l’unité. Mille fois plus de valeur pour un bout de tissu destiné à tamponner les fesses ou les bajoues présidentielles que pour une parcelle de la terre mère…

Les atenquenses ont réagi avec toute la vigueur dont le peuple mexicain est capable. Les commentateurs et autres spécialistes ont tendance à oublier, quand ils se répandent sur les côtés spectaculaires du narco et de l’industrie de l’enlèvement, que les Mexicains sont un peuple profondément pacifique. Mais son sens puissant  de la justice et de la dignité, joint à un attachement viscéral à la terre et à ses racines, l’amène à s’opposer régulièrement aux tentatives brutales d’expropriation et de spoliation que la richesse de son travail, du sol et du sous-sol suscitent chez les porteurs de projets de « développement » et autres aventuriers de la « libre entreprise ».

En quelques mois, au prix d’immenses efforts, de blessés et de la mort de l’un des leurs, ils sont parvenus à mettre en échec le projet multimillionnaire du nouvel aéroport. Une des formes de résistance qu’ils ont mise en pratique, et qu’ils revendiquent fièrement, a été l’ « arrestation » populaire de hauts fonctionnaires ou de policiers, lorsque des paysans d’Atenco étaient arbitrairement enlevés et détenus par les autorités officielles. Ensuite, était organisé un échange. De leur côté, les « prisonniers » aux mains des paysans ont toujours été parfaitement traités…

Au cours des années suivantes, ils sont devenus, avec leur organisation du Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra (Front des Villages pour la Défense de la Terre), une référence, un soutien indéfectible, des conseillers attentifs et efficaces pour l’ensemble des mouvements qui dans le pays les ont sollicités à propos d’expropriations, d’abus de pouvoir, d’agressions et autres violations des droits collectifs, en particulier dans les campagnes.

En 2006, ils ont rejoint l’Autre Campagne  initiée par les indigènes zapatistes de l’EZLN. Au cours du mois d’avril de cette même année, ils ont prêté main forte à des floriculteurs, pour la plupart indigènes mazahua, auxquels la municipalité voisine de Texcoco (dirigée par le PRD, parti de la gauche électoraliste) venait d’interdire la vente dans la rue de leur production, alors qu’approchait la date de la fête pendant laquelle tous les Mexicains vont fleurir les tombes des êtres chers.

C’est alors que la vengeance de l’Etat s’est abattue sur Atenco. Le 3 mai, les policiers municipaux de Texcoco ont empêché la vente des fleurs, en violation des accords passés la veille avec les autorités. Les envoyés du FPDT, dont Ignacio del Valle, venus soutenir symboliquement les floriculteurs, ont été cernés dans une maison. Alertés, les habitants d’Atenco, à une dizaine de kilomètres de là, ont commencé à bloquer les routes. De forts contingents de policiers ont été dépêchés par le gouverneur de l’Etat de Mexico, Enrique Peña Nieto. Un garçon de 14 ans, habitant l’un des villages d’Atenco, a été abattu à bout portant par des membres des forces de l’ordre.

De violents affrontements ont suivi cet assassinat. Un policier a été roué de coups, au sol, devant l’objectif d’une caméra de la télévision. Cette scène a été repassée en boucle toute la soirée sur l’ensemble des chaînes (à côté desquelles « notre » TF1 fait bien pâle figure), accompagnée d’appels hystériques à une intervention de grande ampleur pour mettre fin à cette « honte », et « punir les habitants d’Atenco ». Le lendemain à l’aube, 3500 policiers de l’Etat de Mexico et du gouvernement fédéral sont jetés sur le village. L’opération a été préparée de longue date. Des préservatifs ont même été distribués aux membres des forces de l’ordre. Bilan de cette vengeance d’Etat : des scènes dignes d’une guerre, avec grenades offensives et gaz lacrymogènes, portes et fenêtres fracassées, dizaines de maisons saccagées. Des centaines d’habitants sont roués de coups,  sous le vol incessant des hélicos, le grognement des chiens et des sbires du pouvoir. 300 personnes sont arrêtées, une trentaine de femmes violées au cours de leur transfert, dans les cars de police. On relève de nombreux blessés, dont plusieurs par balles. L’un d’eux, un jeune étudiant de l’UNAM, membre de l’Autre Campagne, et venu la veille soutenir les atenquenses, succombera à ses blessures. La police a empêché pendant plusieurs heures l’accès d’une ambulance, malgré les demandes répétées d’un médecin.

La justice sera à la hauteur de cette opération de police : partiale, inhumaine, brutale. On ne s’oppose pas impunément à l’Etat.

Pourtant, le FPDT est toujours là. La résistance des ejidatarios n’a pas été écrasée.

Saul et Marta nous emmènent  dans leur vieille camionnette, voir l’enjeu du conflit. Au passage, nous prenons don Arnulfo. Invalide depuis 2001, en fauteuil roulant car son système nerveux a été attaqué par des solvants manipulés dans le cadre de son travail pour une entreprise de la région, il a été roué de coups par une douzaine de policiers en ce  matin du 4 mai 2006, incarcéré pendant un mois parce que l'on voulait l'inculper pour violences à agent, puis relâché sans même un mot d’excuse. Sa femme elle aussi a fait partie du lot des arrêtées. Les policiers étaient bien renseignés, Arnulfo est un paysan amoureux de sa milpa. Il en parle toujours avec passion, bien qu'aujourd’hui il ne puisse plus la cultiver lui-même, et rien des problèmes de l'ejido ne lui échappe.

Et les terres que nous traversons semblent rendre bien cet attachement des gens d’Atenco. Les maïs sont déjà hauts, les foins rentrés, les autres cultures (citrouilles, tomates, oignons, poireaux, carottes, choux, ainsi que de nombreuses plantes aromatiques, mais aussi les nopales, les figuiers de barbarie, montrent elles aussi leur savoir faire, ainsi que l'autonomie alimentaire assurée, cette année encore. Les chevaux et quelques tracteurs aident à la tâche. Des groupes d'hommes et de femmes sèment de l'orge. Plus loin, nous passons à côté des serres sous lesquelles on cultive de la spiruline. Les membres du FPDT ont plein de projets, qui trouvent preneurs même chez des jeunes, en ces temps de mirages clinquants et d'artificialisation du monde. Nous évoquons ensemble la possibilité d’un échange avec des brasseurs de la région toulousaine : l’idée leur plaît.

Nous sommes parvenus au sommet de l'un des deux cerritos, petites hauteurs d'où l'on peut contempler toute la région, admirer l'étendue de l'ancienne lagune de Texcoco, celle des champs cultivés, et mieux comprendre  la logique froide et aberrante des plans gouvernementaux. Au loin, à trente kilomètres à peine à vol d'oiseau, se dessine le Cerro del Peñón, qui surplombe l'actuel aéroport de la ville de Mexico. Un peu plus loin, estompées par la brume de la pollution atmosphérique, comme irréelles et presque belles, les tours des gratte-ciel du Paseo de la Reforma. Le monstre, celui dont Ignacio del Valle disait que les ejidatarios d'Atenco lui avaient mis un doigt dans l'œil, semble prêt à bondir sur les pueblos. Déjà, vers l'ouest, de nouveaux lotissements alignent leur hideuse monotonie. Là-bas, les habitants se sont laissé séduire par les propositions de la Conagua, l'organisme gouvernemental de gestion de l'eau, qui prétend établir sur une longue bande de 2000 mètres de large un projet de protection des aquifères. Quand on connaît le zèle avec lequel les dirigeants de cette administration s'emparent des ressources en eau des communautés paysannes, pour les offrir à l'industrie, au tourisme ou aux quartiers résidentiels de luxe, on ne peut qu'être sceptique face à ces promesses. Ceux qui ont vendu à la Conagua, et qui rêvaient déjà de voiture tout-terrain ou d'un emploi de larbin dans une de ces entreprises du futur, commencent d'ailleurs à déchanter. C'est que les premiers paiements se font attendre, et les mois passent.

Aujourd'hui encore, comme d'ailleurs tous les jours depuis quelques années, les journaux font leurs gros titres sur la violence liée au narco.  20, 30, 40 morts  viennent quotidiennement nous rappeler qu'il s'agit bien d'une guerre. De nombreux policiers et militaires font d'ailleurs partie des victimes, dans un camp comme dans l'autre puisque la corruption gangrène l'ensemble des institutions de l'Etat. Les gangs disposent d'un armement et de complicités qui ne laissent aucun doute là-dessus. Mais cette guerre a un objectif bien différent de celui que proclament les autorités. Il s'agit bel et bien de vider les campagnes, d'en extraire une main d'œuvre jugée trop nombreuse et improductive,  de fournir à l'industrie (sans oublier celle de l'agro-alimentaire) et aux services du nord ou des Etats-Unis les travailleurs, y compris clandestins, dont ils ont besoin. Là où la résistance est trop vive, parce que l'attrait de la vie en ville n'est pas assez puissant, ou parce que la culture ancestrale est encore vivace, le recours à la militarisation s'impose. Depuis des décennies, l'Etat s'y emploie, dans les régions indigènes (15 pour cent de la population du pays) notamment. Or, il faut bien payer les militaires, et récompenser les civils qui acceptent de seconder les premiers dans les basses besognes de la « contre insurrection ». La plantation, et surtout la « commercialisation » de la drogue (marihuana, pavot) permettent d’assurer largement cette juste rétribution. Quant aux violents conflits engendrés par ces lucratives mais périlleuses activités, un accroissement de la militarisation est destiné à leur apporter une nouvelle « solution ». Celle-ci bénéficie de l'appui quasi unanime des grands médias, et même celui du gouvernement des Etats-Unis. L' « Initiative Mérida », comme le « Plan Colombie », ces programmes d'aide financière et militaire à des gouvernements corrompus et vendus aux intérêts des multinationales, ont donc pour fonction principale d'accélérer la transformation des campagnes et de leurs habitants en éléments de la production et de l'accumulation capitaliste. Les actuelles « mises en garde » du gouvernement de Barak Obama, exigeant des « éclaircissements » sur l'avancée de la « lutte contre le narco », et conditionnant l'aide apportée au gouvernement de Felipe Calderón à une plus grande transparence dans les opérations ne sont qu'un écran de fumée. Ce qu'il faut dénoncer, ce sont les exactions, les vols, les viols et les assassinats perpétrés par les forces de l'ordre dans le cadre de ce faux combat contre la drogue, et de la vraie guerre contre la population.

Dans le contexte actuel de crise économique, où des centaines de milliers d'emplois industriels sont détruits (faut il vraiment le regretter, quand on connaît les dégâts écologiques, sociaux et culturels engendrés par ces activités ?), où l'alimentation traditionnelle (le maïs) s'industrialise et entre en compétition avec la production des « biocarburants », la résistance des habitants d'Atenco semble à la fois dérisoire et hors du temps. Le « progrès » et ses conséquences, même les plus inquiétantes, semble inéluctable, pour ne pas dire souhaitable, aux yeux du plus grand nombre.

Mais l'histoire nous a bien montré que le plus grand nombre pouvait se tromper, et lourdement. Atenco et son Frente de Pueblos en Defensa de la Tierra , ces minoritaires que certains n'hésitent pas à traiter de « talibans », Ignacio del Valle et ses compagnons Felipe Alvarez et Hector Galindo, Adán Espinoza ou América del Valle, que l'Etat mexicain emprisonne ou traque avec un cynisme imperturbable, nous disent pourtant qu'un autre monde est possible.

Un dernier détail, triste et savoureux, que nous apprennent nos amis d'Atenco : une nouvelle amende de 156 000 pesos (presque 10 000 euros) pèse sur Ignacio del Valle. Pour des motifs aussi absurdes et mensongers que ceux qui ont donné lieu aux autres condamnations. L'autre jour, la police est venue accompagner l'huissier chargé de récupérer l'argent, ou de saisir les meubles de cette famille. La vengeance de l'Etat n'a pas de bornes. Une bonne partie de la population était devant la maison, prête à en découdre, et les officiels ont dû repartir, la queue basse.

Ils reviendront certainement. Sur le chemin du retour vers la cité « défectueuse » (c’est ainsi que l’on nomme le DF, le district fédéral de la ville de Mexico), les quelques participants du réseau de diffusion du café zapatiste que nous sommes avons l’impression de comprendre un peu mieux ce que défendent les ejidatarios de San Salvador Atenco. 

Comme l’expliquait Jérôme Baschet dans Rue 89, cette histoire nous concerne. Et la meilleure des solidarités, à côté du soutien concret qui peut être apporté aux familles et aux compañeros des emprisonnés d’Atenco, sera certainement la multiplication des résistances, pour défendre ce qui peut encore être sauvé, ce qui peut encore nous donner l’espoir de vies dignes de ce nom. La résistance indigène, pour la défense et la récupération de terres sur lesquelles il redevient possible de construire l’autonomie se poursuit au Chiapas, mais aussi dans les états de l’Oaxaca, du Guerrero, du Michoacan (dans ce dernier à Santa Maria Ostula, des villages nahuas viennent de réoccuper des terres dont elles avaient été spoliées voici plusieurs décennies, et organisent leur défense, grâce à leur police et leur système de justice communautaire).

 

                                        Jean-Pierre Petit-Gras

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Samedi 1 août 2009 6 01 /08 /Août /2009 15:28

 

Non, non ! Ce n’est pas le score d’un match de rugby

Non, bien que les stadistes aient trainés leurs crampons du côté de Copenhague au début des années 70 pour soutenir la naissance du club danois. Mais la tournée, c’était plutôt, à l’époque, «  gauloises », danoises et bières… !

Non ! Nous prenons sérieusement la pâtée, mais il s’agit de vélo…

Vient d’être publier le classement mondial des villes les plus cyclables. Par villes cyclables, on entend ici les villes dont la part modale du vélo est la plus importante. Sans surprise, aucune ville française n’en fait partie… Pour espérer figurer Toulouse devrait espérer jouer en « championnat de France » et encore… rien ne prouve que le classement soit honorable.

Mais 55 pour Copenhague, c'est-à-dire ?

-         C'est-à-dire que 55% des déplacements de la population se font en vélo. Le reste, donc  tous les autres modes de déplacement (voiture, marche à pied, bus, tramways, rollers, taxis, etc.) se partagent les 45% restants…  Etonnant et intéressant.

-         Copenhague est une ville de juste plus de 500 000 habitants, assez comparable à la taille de Toulouse.
Pendant que les danois pédalent, ici les derniers chiffres nous renvoient un 3% des toulousains se déplaçant en vélo.

Alors ? Pourtant plus facile, question météo a priori, de faire du vélo dans le sud plutôt que sous des latitudes moins clémentes ? Donc, plus facile, a priori à Toulouse qu’à Copenhague…

Alors, question « culture »? Oui, mais…
Mais nous constatons que sur les 20 premières villes du classement (la 20è à 20 % de déplacements vélo quand même…), 16 sont, effectivement, des villes du froid : 3 danoises, 5 néerlandaises, 4 suédoises, 2 allemandes, 1 finlandaise, 1 japonaise, 1 suisse et 3 … italiennes !

Diable ! Ferrara (150 000 habitants) 30 % de déplacements vélo, Parme (200 000) et Bologne (375 000) 25 %, villes du sud de l’Europe aux pratiques similaires à celles de Malmö ou Amsterdam…Et si, dans tout ça il n’y avait pas un peu plus de volonté ici que là. L’« empreinte  culturelle » faisant son œuvre à la longue.

C’est le cas de Ferrara d’ailleurs. Au départ la pratique du vélo à Ferrara est plus due à une pratique ancestrale inconsciente qu’à une véritable volonté politique. En effet, le territoire plat est un bon atout pour le vélo, et les paysans venus en ville (suite à la mécanisation) disposaient de ce seul moyen de transport, les autres étant trop chers. Cependant, ces conditions existaient ailleurs en Italie, et l’utilisation du vélo à un tel degré ne concerne que Ferrara. Ceci est dû à la politique particulière mise en place à Ferrara.

Nous y voilà aussi…

 

 Un Plan du Trafic Urbain (PUT de Ferrara), a surtout essayé de faire face au problème le plus important : celui des accidents routiers. Pour réduire les risques, il a été choisi de mettre en place des fonctionnements et des équipements modérant la vitesse et séparant les circulations. De plus, un boulevard périphérique cyclable contournant l’enceinte de la ville historique a été réalisé. Ses points de jonction avec le réseau routier ont été surélevés par rapport au niveau de la route créant ainsi une continuité pour le parcours cyclable et un aménagement modérateur de vitesse pour la circulation.

 

 Aussi, on dénombre 110 000 vélos pour les134 000 habitants que compte la ville ainsi que 31 points de vente ou de réparation de vélos à Ferrara.

Parmi les nombreuses mesures prises :

ont été installés des râteliers simples à proximité des commerces, des abris couverts avec un trépied scellé permettant d'accrocher le cadre du vélo pour les stationnements dont la durée excède la journée, des parkings à vélo issus de la reconversion de parkings pour voiture (on peut mettre 12 vélos à la place d'une voiture), ainsi qu’un système de pompes publiques dans diverses rues du centre. Des cabines téléphoniques pour cyclistes ont été implantées et permettent aux cyclistes de téléphoner sans avoir à descendre du vélo. La structure particulière de la cabine permet en effet de bloquer la roue avant du vélo et de disposer ainsi de ses deux mains pour téléphoner. De plus, l'utilisateur est à l'abri en cas de pluie.

 

Du côté de chez nous…

Le 10 novembre 2008, une réunion de Tisseo s’est tenue, (objet, «  Révision du Plan de Déplacement Urbain, Commission Thématique Modes Doux »), avec entre autres l’élu municipal en charge des pistes cyclables et les représentants de l’association vélo.

Sur le compte-rendu de réunion il ressort que :

-         le réseau cyclable et des services vélos se développent à Toulouse …

Les déplacements à vélos augmentent sur l’agglomération : + 40% entre 1996 et2004

      -     150 km de réseau cyclable en 2001, 211 km en 2007, soit +40%

      -     La part modale de la marche progresse d’un point.

 

 

   En France, la ville dans laquelle le plus de déplacement se fait en vélo est Strasbourg avec plus ou moins 10 %.

Au regard de l’« explosion » des chiffres à Toulouse de quoi pourrions-nous nous plaindre ?

Sinon que la pratique « ancestrale » du vélo n’est pas toulousaine et que l’affirmation des choix politiques en la matière n’a pas la force de ceux qu’une ville, qui souhaiterait devenir emblématique, se donnerait pleinement les moyens de mettre en œuvre.


    *pour Ferrara infos fournies par  l'Agence de l'Environnement et de la Maîtrise de l'Energie (ADEME) et  Energie-Cités

 

 

 

 

 

Publié dans : Ecologie
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